Présentation

Depuis plusieurs années déjà, je me rendais régulièrement au Maroc pour y mener une recherche ethnologique sur les femmes berbères du Haut-Atlas. Après des mois passés dans les hautes vallées de cette chaîne montagneuse, j'en profitais pour faire des escapades à travers le pays et l'une d'elles me mena un jour à Essaouira, petite ville portuaire sur la côte ouest. Les artistes peintres que j'y ai rencontrés m'ont tellement fasciné que, de retour en France, je décidais de troquer mes crayons contre des pinceaux. C'était en 2000.

 

La nuit m'inspire et me nourrit. Je l'attends pour peindre parce qu'avec elle, tout s'efface derrière un voile sombre. Alors, on réinvente les choses, on construit son propre monde. Et puis c'est la nuit aussi que surgissent les souvenirs d'enfance, de voyages, des bribes de contes et de légendes. C'est du noir et du silence que naissent un festival de formes et un printemps de couleurs. Y mettre des mots m'est difficile. A chacun, face à ces tableaux, d'imaginer l'histoire qu'il veut.

 

Mes toiles sont fractionnées à la manière de puzzles. Les différents éléments s'enchevêtrent les uns dans les autres, au fil du pinceau qui navigue sur la toile, sans esquisse préliminaire. Formes et couleurs s'assemblent dans une mosaïque naïve et ludique en quête d'harmonie et expriment avec singularité un certain univers poétique.

 

Comme le conteur...

Ma peinture se rapproche de l'art du conteur.

Chaque toile raconte une histoire et chaque histoire picturale pourrait commencer par « il était une fois... »

Les contes sont des voyages dans le temps et dans l'espace, des voyages immobiles. Ils nous emmènent partout, vers des ailleurs qui n'existent pas dans la réalité, dans des lieux que personne n'imagine et où aucun train, bateau ou avion n'a jamais déposé le moindre passager.

Les contes, c'est aussi le moyen le plus efficace pour devenir un oiseau, pour métamorphoser le réel, pour transformer l'impossible en possible, pour donner le plus bel espace de liberté à ses rêveries.

Les raconteurs et les écouteurs de contes sont parmi les plus grands voyageurs.

Comme le conteur, je parcours le monde.

Comme le conteur, j'essaie de bricoler du rêve.

Comme les contes, mes peintures s'éveillent le soir.

 

Je peins...

Je peins pour donner des couleurs à la nuit,

Et raconter des histoires inconnues.

 

Je peins pour voyager dans des pays imaginaires,

Perdus au bout d'un autre monde.

 

Je peins pour créer un jardin extraordinaire

Où viendront se reposer des animaux magiques.

 

Je peins pour devenir un oiseau,

Et faire s'envoler les bateaux.

 

Je peins pour garder éveillé l'enfant qui dort en moi,

Et pour rêver les yeux ouverts.

 

Je peins parce que je pense que l'impossible est possible,

Et que le bonheur peut être partagé.

 

Je peins pour ceux qui pleurent leurs illusions perdues,

Je peins pour ceux qui ne croient plus au merveilleux,

Je peins pour ceux qui refoulent la folie.

 

Je peins pour remettre des émotions dans le coeur des gens,

Et pour rallumer des lumières de l'espoir

Dans un univers féerique et enchanteur.

 

Peintre conteur

La famille Pinceaux
La famille Pinceaux

Le monde d'Emmanuel BROSSIER est un monde apprivoisé, polissé, avec ses règles et sa tradition « artisanale » millénaire, sous-tendu par une inspiration personnelle, à contre-courant des grands concepts contemporains.

Ce qui attire mon regard demeure d'abord la rigueur indiscutable de son travail et puis cette application attentive retrouvée dans sa peinture comme dans celle des Naïfs, mais aussi des Singuliers, distillant patiemment leurs rêves sur la toile. Aucun détail de ses mirages intérieurs ne lui échappe. Toutes les images restent bien ancrées dans son esprit. Minutieusement, il les reporte sur la toile.

Cette peinture, pour moi, se rapproche de l'art du conteur. Bien souvent, un tableau demeure difficile à décrire, car recelant une multitude d'interprétations et en définitive, il reflète souvent plus le psychisme du regardeur que la réalité de l'oeuvre en question. Tandis qu'ici, la précision du représenté, du peint, fait que l'on peut donner une exacte description presque géométrique du tableau, dont l'ensemble des images déclenche un processus de rêve chez le spectateur, avec un point de départ presque identique pour tous, car « programmé » par la structure même de la peinture. Ce processus reste proche de celui du conte, récit évoluant avec fort peu d'invariants dans le temps comme dans l'espace et qui, étrangement, nous charme toujours de la même façon depuis des millénaires.

Le conteur, l'artiste populaire, le singulier, le naïf ont cette précieuse faculté d'entretenir contes et légendes, sous-tendus par les mythes et les symboles de ces grandes forces qui agitent l'inconscient de l'humanité. Si quelques-uns, encore assez nombreux, peuvent captiver le public avec des histoires apparemment faciles de « Petit chaperon rouge », de « Cendrillon » ou d'histoires des « Milles et une nuits », sont-ils capables de citer depuis les cents dernières années quelques nouvelles et incontournables légendes ayant enrichi le patrimoine mondial de notre oralité?

Les conteurs, comme certains peintres singuliers, ont cette particularité que ce qu'ils transmettent fait partie de l'héritage collectif d'un groupe culturel local et quelques fois touche à l'universel. Ce retour à l'essentiel se trouve être bien souvent le fruit du hasard ou du moins nous n'en saisissons pas le processus. Ici, il en va autrement. L'auteur a été touché par la grâce. Des rencontres ont libéré en lui des possibilités enfouies...

 

Jean-claude CAIRE


Contes et quotidiens enfantins au pays d'Emmanuel Brossier

Moustache
Moustache

Longtemps, Emmanuel Brossier a eu "envie" de peindre. Mais la conscience de ne pas "savoir" le freinait irrémediablement... Est-ce l'avènement du nouveau millénaire et du siècle naissant qui lui a suggeré d'abandonner tous les tabous, assumer toutes les audaces ? Ou bien sa visite aux peintres d'Essaouira lui a-t-elle prouvé que point n'était besoin d'être savant en la matière ; qu'il suffisait de se laisser porter par son envie, guider par son coeur ? Quelle que soit la réponse, il est aujourd'hui l'auteur d'une oeuvre déjà abondante, éminemment originale, certifiant qu'il a, depuis lors, rattrapé le temps perdu ! Et son évolution a prouvé que c'est la conscience de cette maladresse – apaisée et dépassée – qui a déterminé la forme de son oeuvre. D'autant qu'ayant franchi le cap, s'abandonnant enfin à son désir créateur, il a fait d'une pierre deux coups : outre le plaisir de dire "autrement" son monde personnel, il a libéré le million de contes qui se bousculaient en lui ; déversé sur la toile mille réminiscences de son quotidien enfantin... Bref, il a commencé à entremêler vie et rêve, par le truchement de cette expression toute neuve. 

 

Subséquemment, le "Nouveau Monde" d'Emmanuel Brossier est celui de l'enfance : celui des chevaux de bois ; de la tirelire de porcelaine gardant jalousement en ses flancs de secrètes fortunes ; du garçonnet pelotonné au milieu de ses jouets... Un monde narratif, dans lequel, saisi par le réalisme bon-enfant de la vache ou du chat, du cheval au galop, du coq s'égosillant... le spectateur entre de plain-pied ; s'amuse des emboîtements paradoxaux des animaux gigognes, ou des joujoux/puzzles vers lesquels il voudrait tendre la main, comme il choisissait naguère dans sa petite ferme de bois, l'animal le plus gros, le plus rigolo, le plus...

 

Mais le monde d'Emmanuel Brossier est aussi celui du conte, où chaque "histoire" picturale pourrait commencer par "Il était une fois..." Pourtant, autre paradoxe, aucun fil d'Ariane n'en relie les composants. Simplement, ils sont là, juxtaposés, autonomes, leur interdépendance psychologique naissant du seul besoin "physique" (géographique ?) de l'artiste d'équilibrer et d'emplir son tableau. Par ailleurs, à l'instar de nombreux créateurs "naïfs", le peintre a horreur du vide ! Alors, tel un djinn soufflant à l'infini des nuages dans sa bouteille, il emplit lui aussi ses oeuvres à l'infini, surcharge ses animaux d'autres animaux, de végétaux, de visages... continue jusqu'à ce que le plus infime espace soit piqueté d'étoiles et de fleurs, ponctué de fines taches multicolores, orné de délicates arabesques, tapissé de minuscules formes géométriques ou anarchiques... La main semble incapable de s'arrêter, tant que l'esprit n'a pas le sentiment d'avoir fignolé le tableau, supprimé tout hiatus, retrouvé une fois encore son ordre vital, sa plénitude ; tant que le coeur n'a pas exprimé son "dit" si particulier ! Et lorsque, enfin, cesse cette boulimie picturale et mentale, l'oeuvre est là, attestant que le monde d'Emmanuel Brossier est cette mosaïque placide, esthétiquement raide bien qu'un tantinet ludique ; témoignage d'une gestuelle obsessionnelle, d'un amalgame de vive imagination, de raison et de féerie, de sagesse et d'émerveillement, de couleur et d'harmonie. 

 

Harmonie, car – et cette qualité porte toutes les autres – Emmanuel Brossier qui travaille avec une banale laque glycéro industrielle, est un coloriste d'une exceptionnelle richesse. Encore incapable d'utiliser le noir et le blanc, il possède intuitivement l'art de mêler au petit bonheur les autres couleurs ; de sorte que, d'une oeuvre à l'autre, elles ne soient jamais les mêmes, mais toujours chaleureuses et chatoyantes ! D'où l'impression, pour l'oeil, d'un kaléidoscope où s'amplifient nuances et formes dont chaque facette lui propose ses mirages. Mirages que d'emblée le spectateur fait siens, parce que cet univers où il fait si bon vivre, est agréable à explorer. 

 

Jeanine Rivais

 

Expositions

2017

Galerie Terre d'Ici à Perros-Guirec (22)

Festival d'art singulier, marginal et insolite à Authon du Perche (28)

Salon Lions Art Sologne à Salbris (41)

Maison des Provinces à Blois (41)

Hôtel de Ville à Liffré (35)

 

 

2016

Centre culturel à Sens de Bretagne (35)

Courants d'Arts à Authon du Perche (28)

Marché de la création à Dinard (35)

L'Hareng cancalais à Cancale (35)

"L'art suspendu" à Sanary sur mer (83)

Médiathèque à Val d'Izé (35)

 

2015

La Salorge, Centre culturel Patrick Lassourd à La Guerche de Bretagne (35)

Médiathèque de Liffré (35)

Médiathèque Madame de Sévigné à Vitré (35)

Médiathèque de Saint Aubin du Cormier (35)

Musée Eugène Aulnette au Sel de Bretagne (35)

Office du tourisme de Fougères (35)

Galerie Richelieu, Le club Richelieu féminin à Laval (53)

 

2014

Exposition d'art postal "Le cheval en toutes lettres" à l'abbaye aux Dames à Caen (14)

Festival d'art singulier, château de Mauregard à Saint Hilaire Le Châtel (61)

Centre culturel à Sens de Bretagne (35)

Participation à l'exposition d'Art Postal aux Journées Poésie de Rodez (12)

Galerie Le Rayon Vert à Nantes (44)

 

 

2013

Café Resto bio « Avec les anges » à Dinan (22)

Courants d'arts à Authon du Perche (28)

Festival Art en Bars à Saint Hilaire du Harcouët (50)

 

2012

Salon des artistes à Ouchamps (41)

Portes Ouvertes à mon atelier

Festival « Art en Seine » à Saint-Aubin-lés-Elbeuf (76)

 

2011

« Le jardin extraordinaire » à Perrusson (37)

Chapelle Saint-Lazare à Noyers-sur-Cher (41)

 

2010

Galerie Vagabonde à Selles-sur-Cher (41)

Mondial d'art naïf à Verneuil-sur-Avre (27)

« Grand Baz'art » à Bezu-Saint-Eloi (27)

« Le jardin extraordinaire » à Perrusson (37)

« La Prévôté » à Saint-Aignan (41)

 

2009

Salon des artistes à Ouchamps (41)

Festival d'art singulier à Miermaigne (28)

« Les ateliers s'emportent » à Blois (41)

Promenade artistique à Molineuf (41)

Marché des arts au Campo Santo à Orléans (45)

Salon d'art animalier à Ingré (45)

« Couleurs en Loire » à Chaumont-sur-Loire (41)

 

2008

Médiathéque de Contres (41)

Festival d'art singulier de Miermaigne (28)

Festival d'art singulier à Banne (07)

Château de l'Etang à Saran (45)

 

2007

Galerie Artmateur à Tours (37)

Festival d'art singulier à l'abbaye de Nottonville (28)

Rencontres artistiques (biennale) à Saulieu (21)

« Le Fenil » à Vielmoulin (21)

Promenade artistique à Molineuf (41)

Galerie Tout un Art à Saint-Cyr-du-Mont-d'Or (69)

« Les Artistosités » à Cormeray (41)

 

2006

Salle Denbac à Vierzon (18)

« Les Artistosités » à Cormeray (41)

Festival international d'art singulier à Aubagne (13)

Bibliothéque du Petit Quevilly (76)

Galerie Saint-Louis à Toulon (83)

Galerie Hamer à Amsterdam

« Promenade artistique » à Molineuf (41)

Salon de Mont-prés-Chambord (41)

Café « Chez les filles » à La Borne (18)

 

2005

Galerie Saint-Louis à Toulon (83)

Galerie Les Remparts au Mans (72)

Galerie Hamer à Amsterdam

Festival « Rue des Arts » à Carla Bayle (09)

Salon d'Ouchamps (41)

Château de Saint-Brisson-sur-Loire (45)

Médiathéque de Romorantin (41)

Salon « Art-Nature-Animaux » à l'Espace Champerret de Paris (75)

Maison du Loir-et-Cher à Blois (41)

 

2004

Musée de l'Ocre à Saint-Georges-sur-la-Prée (18)

Galerie Art Symbol à Paris (75)

Festival d'art singulier à Banne (07)